Recherche sur l’altitude . Viviane Seigneur

Viviane Seigneur est psychothérapeute à Chamonix et consultante en gestion de risque et de la performance auprès des PGHM/CNISAG, de l’ENSA, du SNGM, de l’EMHM etc.

Elle présentera une recherche sur l’altitude combinant des statistiques inédites sur 70 000 grimpeurs avec des observations qualitatives entre 3 100m jusqu’à 6 969m auprès de 14 nationalités. Les résultats font vaciller bien des clichés et lèvent le voile sur la façon dont les être humains vivent vraiment leur séjour en altitude.

L’altitude peut tuer…

Lorsque l’on aborde la question de l’homme et de l’altitude, on s’interroge généralement sur le Mal Aigu des Montagne (M.AM.), risque très sérieux pour un organisme exposé à une haute altitude. On peut en effet mourir du M.A.M., l’intérêt à bien gérer ce risque et à élaborer une prévention efficace est donc important.

…pourtant, ceux qui en meurent connaissent généralement les risques liés à l’altitude…

La prévention s’appuie généralement sur l’idée que l’ignorance des personnes est à l’origine des problèmes. La prévention consiste alors le plus souvent à « éduquer » le public à cette gestion de l’altitude. Pourtant, on peut largement discuter d’une telle prévention qui fonctionne largement sur une analyse très superficielle voire sur un cliché très ancré : ceux qui rencontrent de sérieux ennuis en montagne sont le plus souvent inconscients, incompétents et/ou inexpérimentés.

…parce que l’altitude n’est pas qu’une question médicale, c’est une question culturelle !!!!

En effet, bien gérer l’altitude nécessite une bonne information médicale mais c’est insuffisant et chaque ascensionniste intègre ces informations en fonction de sa culture. C’est ce que prouve notre recherche menée sur le toit des Amériques auprès des 70 000 ascensionnistes et deux ans d’observation sur les différentes faces de l’Aconcagua (6 969m.)

La nationalité a manifestement un impact considérable sur la mortalité. Certaines nationalités sont sur-représentées tandis que d’autres sont totalement absentes des statistiques.

Ainsi, les Coréens meurent beaucoup tandis que les Canadiens sont épargnés !!

On passe ainsi de la Corée du Sud qui compte le taux de mortalité le plus important avec 4 décès pour 270 visiteurs de 1980 à 2005 tandis que le Canada apparaît comme la nation la plus « sûre » en n’ayant jamais connu de décès à l’Aconcagua malgré ses 3 570 visiteurs entre 1980 et 2005.

Toujours plus fort : la culture des Pays du Tigre est accidentogène alors que la culture anglo saxonne est sécurisante !!

Non seulement les taux de mortalité manifestent de très grandes variations en fonction de la nationalité mais il est également possible de dessiner les contours de cultures transnationales. Par exemple, les pays d’Asie du Sud Est présentent les taux de mortalité les plus hauts (Corée du Nord : 59,25 pour mille et Japon : 4,98 pour mille), à l’inverse, les pays du Commonweath d’origine britannique présentent des taux bas, voire inexistants (les Canadiens, les Australiens et les Néo Zélandais n’ont jamais connu de décès à l’Aconcagua bien qu’ils totalisent environ 5 490 visiteurs de 1980 à 2005.

L’altitude, c’est des cultures.

Ainsi, on a découvert bien des façons de « vivre l’altitude » : altitude associée à l’héroïsme chez les Asiatiques du Sud Est, altitude associée à l’attitude pragmatique des Anglo-saxons, altitude associée à la vitesse chez les Européens de style alpin, etc.

Au fond, la gestion de l’altitude se fondent largement sur des valeurs, des choix esthétiques, des idéologies et les informations sur la physiologie d’altitude n’est qu’une partie de cette gestion.

L’altitude tue, fumer tue, et alors ?!

Au final, ces résultats pointent le doigt sur la nécessité de revoir nos façons de faire de la prévention. La plupart du temps, on se contente de délivrer un savoir à un public sensé être ignorant : au fond, une communication confortablement à sens unique et totalement insuffisante !

Les fumeurs lisent quotidiennement sur leur paquet de cigarettes « fumer tue » sans pour autant stopper leur tabagie. Dire à un Sud Coréen ou un Japonais que l’altitude est dangereuse est assez vain. En revanche, discuter avec eux de la façon d’être héroïque en montagne est une stratégie qui permet de sauver des vies !!

Pour plus d’informations :
Viviane Seigneur
Docteure en sciences humaines
06 16 32 61 20 – 04 50 21 03 82

viviane.seigneur@gmail.com